Comment nommer cette peur qui m'envahit un peu plus chaque jour?  Comment décrire les angoisses à chaque fois que mon regard se pose sur mon corps?

Qu'elle est donc cette chose translucide qui petit à petit se greffe, s'étend, grandit entre mes doigts?   Pourquoi ai-je la même chose entre les orteils?

Lorsque j'écarte je les écarte pour regarder de plus près, je me découvre soudain des pattes de grenouille.   Bien qu'écarter les orteils, c'est plus facile à dire qu'à faire.  Si vous y arrivez, il y a une de nous qui n'est pas normale ^ ^ .  Je sais que l'on dit "les orteils en éventail" lorsque l'on se prélasse au soleil, un délicieux cocktail à la main et un beau maître-nageur avec la crème solaire dans l'autre, mais bon, va falloir que je m'exerce encore et encore pour y arriver facilement.   Mais vais quand même garder le maître-nageur.

Revenons à mon petit corps adoré.   J'ai beau faire des gommages, me tartiner de lait hydratant, de crème hyper-nourrissante, rien n'y fait.  Ma peau change, mute, se transforme, se couvre doucement d'une sorte de péllicules légèrement nacrée qui, allez savoir pourquoi, me font penser à des écailles de poisson.   Quelle idée allez-vous me dire.

Me regardant dans la glace, j'ai l'impression que mon visage s'est rétréci, ou alors, ce sont mes yeux qui sont devenus globuleux, peut-être les deux.   Ma peau, malgré ses reflets nacrés, devient de plus en plus pâle, comme protégée de la lumière, telle une salade que l'on enferme pour avoir le coeur bien clair.   Je me prends à regarder les mouches d'un autre oeil.  J'évalue leur poids, leur rapidité, comme si j'avais à les capturer pour une raison encore inconnue de ma personne.

Qu'elle est donc cette maladie qui petit à petit se développe en moi?  Suis-en condamnée, en sursis, ou juste un petit accès dû au froid?

Lundi et mardi il a fait beau, mais si, c'est pas une erreur, il n'y a pas qu'à Lourdes qu'il y a des miracles, mais ces deux jours là, je ne sais pas pourquoi, j'ai éprouvé des difficultés pour respirer.   L'air chaud (mwouais, chaud, chaud, mais mieux qu'avant) me brûlait les poumons, m'étouffait.  Le soleil aveuglait mes yeux humides (non, je n'étais pas triste).  Pourtant cette chaleur, je la désirais, l'espérais, l'attendais depuis tellement longtemps.

Ce matin il pleut, grande nouvelle me direz-vous, ça change un peu.  Pourtant, allez savoir pouquoi, je revis.  Je me sens plus légère, à l'aise dans cette humidité bienfaisante et réconfortante.  Fini les problèmes pour respirer, fini les yeux qui pleurent ou brûlent.  Je me sens comme un poisson dans l'eau, je me prélasse comme une grenouille sur sa feuille de nénuphar.

Mais que se passe-t-il donc en moi?  Qu'elle est ce changement alors que je déteste le froid et la pluie.  Que je n'aspire qu'à des températures supérieures à 20 degrés, que le ciel se doit d'être bleu et lumineux, que le soleil doit nous chauffer de tout son astre, nous donner toutes ces bonnes vitamines dont il a le secret et, pour celles qui en ont la chance, les transformer de fromage blanc battu en un joli pain d'épice.

Y pensant un peu plus profondément, si si, ça m'arrive, retournant la question dans tous les sens, analysant tous les moindres détails, je n'ai vu qu'une solution à cette mystérieuse maladie.  Laquelle?   Pas très difficile à deviner.

La nature est bien faite, se dirait presque parfaite, tout se crée et s'adapte à son environnement.   Toujours pas trouver?   Allez à la fenêtre, regardez un peu dehors, ou tout simplement ouvrez la porte et sortez.   Pas oublié le parapluie et le pull.

Je ne suis pas malade, j'angoissais pour rien.  Dame Nature, ayant pitié de nous pauvres humains que nous sommes, à tout simplement programmer notre évolution.   Comment résister à ces trombes d'eau qui nous tombent du ciel, à se demander s'il existe encore un seul nuage, vu que ça s'arrête quasi jamais?  Comment nous faire aimer cette pluie, cette humidité, cette grisaille et nous amener doucement à ne plus regretter ce merveilleux soleil que tels des égyptiens de l'ancien temps, nous continuons d'adorer?

Tout simplement.   J'évolue et je ne dois pas être la seule je pense.  Je me transforme en un être hybride, moitié poisson, moitié grenouille.  Les jours de pluie je serai poisson, j'évoluerai dans cette eau que j'adorerai, que je vénérerai, sans laquelle je ne pourrais survivre longtemps.   Quand il y aura du soleil, si Monsieur daigne encore se montrer, mon côté grenouille prendra le dessus.   Je m'allongerai tranquillement sur une feuille de nénuphar, me prélassant au soleil tout en regardant autour de moi, quelle mouche est la plus grosse car, faute de cocktail, je devrai me contenter de ces petites bêtes volantes.

Petit à petit je ferai de cette eau qui ne tarit jamais, mon élément vital, ma source de vie.   Je ne vois, ainsi que Dame Nature, que cette solution pour survivre à ce printemps pourri.

Bien sur, si Monsieur Soleil, décide un jour et ce pour plus d'une journée, je dirais deux ou trois mois, refaire surface, nous accorder un droit de visite, je me ferai un plaisir de reprendre ma peau d'humain car, même si elle commence légèrement à flétrir, si elle n'est peut-être plus aussi douce et lisse qu'à ma naissance, l'âge que voulez-vous, c'est que je l'aime depuis le temps que nous vivons ensemble.

 

C'était un petit peu d'humour dans cette grisaille qui plombe le moral de tout le monde.   Si quelqu'un continue la danse de la pluie, m'en vais te l'étriper si je le trouve.