Lorsque l'on parle de violence vis à vis des femmes, on ne voit en général que la violence visible, celle qui laisse des traces, pas seulement morales, mais physiques.  

Malheureusement il existe d'autres formes de violence, plus insidieuses parce que souvent elles passent inaperçues.  Personne autour de vous ne se rendra compte que vous en êtes victimes, vous n'aurez pas de bleus, sauf à l'âme, pas de coups, sauf au moral et au coeur.

La personne qui les pratique paraît tout à fait "normale", elle est intelligente et a un bon boulot en général.  Elle ne s'emporte pas, ne hurle pas, elle se contente d'étendre ses tentacules et de coloniser votre être jusqu'au plus profond de vous.  Elle détruit petit à petit, sans chocs ni heurts, votre confiance, votre estime de vous-même, elle vous réduit à un état de zombie, vivante en apparence, mais morte à l'intérieur.  On sourit, mais uniquement par automatisme, la bouche sourit, mais pas le coeur ni le corps.

 

Je vais vous raconter une petite histoire, fictive ou pas, allez savoir, afin de vous montrer comment reconnaître ces formes de violences.  Je dois avouer que je ne me rendais pas compte que ces genres de comportement étaient une forme de violence, on pense toujours : violence = coups. 

 

Un jour mon prince viendra........
 
 
Laquelle d'entre nous n'a jamais chanté ce refrain tiré d'un célèbre dessin animé?  On espère le rencontrer, l'épouser et avoir de nombreux enfants.  (toujours le dessin animé).  Et puis, ce jour tant attendu arrive enfin.
 
Que de bonheur partagé, d'amour échangé, de mots tendres, de calins, de caresses, de tendresse.
Quel plaisir de vivre aux côtés de l'être aimé.
 
Les sorties, les petits restos, les visites à la famille.  Que du bonheur.  On est heureuses ou heureux.
 
Ce que je ne comprends pas c'est pourquoi ce matin Chéri a critiqué ma façon de m'habiller.  Bah!!! De mauvaise humeur sans doute, mal dormi????
 
Le premier enfant est attendu, quelle merveilleuse nouvelle.   Je ne comprends pas pourquoi Chéri veut que j'arrête de travailler.  On peut être maman et travailler en même temps.  Ce n'est rien je reprendrai le travail dans quelques années.
 
Chéri rouspète de plus en plus, maison en désordre, mes cheveux horribles, la petite qui crie, la famille qui débarque trop souvent, l'argent que je lui demande pour les vêtements de la petite.   Que croyait-il?  Qu'un enfant vivait tout nu toute sa vie?  Et moi, je dois aussi me vêtir et sans traitement, pas d'argent. 
 
J'ai envie de sortir, mais je vois de moins en moins ma famille et mes amis.  A chaque invitation pour un anniversaire, la réponse est toujours la même : j'ai pas envie, répond que je travaille.  
 
Ce matin grosse discussion, la petite est à l'école, Chéri en congé, et j'ai dit que j'allais retravailler.   Malheureusement Chéri n'est pas de cet avis, il veut que j'arrête définitivement.  Aucun de mes arguments ne marchent.  J'ai beau lui dire que j'ai besoin d'indépendance, d'argent de poche, de voir des amis, cela ne marche pas.  Conclusion, je me suis un peu énervée et lui ai dit que j'allais travailler que ça lui plaise ou non et soudain...... paffff, la gifle en pleine figure.  Jamais il ne m'avais frappée.  Heureusement la petite n'était pas là pour le voir. 
 
Ce soir, ses amis sont venus souper à la maison.  Comme d'habitude, j'étais à la cuisine pour préparer le repas.  Pas d'apéritif pour moi, pas le temps, il faut que tout soit prêt à l'heure.   Naturellement personne ne se demande si j'ai envie de boire quelque chose ou si j'ai envie de grignoter quelques zakouskis moi aussi.  Une fois que tout est bien en route que que j'ai enfin pu venir près des invités, j'ai voulu participer à la discussion, mais Chéri m'a dit que vu que je n'avais pas fait d'études universitaires, on ne pouvait pas discutter avec moi.  Tout ça parce qu'il a fait un graduat en cours du soir. 
 
 
Aujourd'hui, je suis allongée dans le divan, une entorse suite à une bousculade.  Chéri m'a gentiment poussée dans l'escalier parce que je n'allais pas assez vite et qu'il était pressé.   Je profite de ces moments de repos pour penser à ma vie.
Quand je regarde les années écoulées, je remarque une chose, le pur bonheur du début s'est peu à peu effacé. 
Je suis à la maison toute la journée, la petite, qui est grande maintenant, est à l'école toute la journée et le soir dans sa chambre pour ses devoirs, les humanités, c'est pas rien.   Je ne vois plus ma famille, Chéri trouve de plus en plus d'excuses pour ne pas aller aux anniversaires ou autres fêtes, mes amis.... disparus, ne restent que les siens.   Je n'ai pas d'argent.  Chéri me donne quelque chose chaque mois, mais c'est pour la nourriture, l'entretien de la maison, les frais d'écoles et les vêtements de la grande.  Conclusion, il ne me reste rien pour moi quand j'ai tout payé et Chéri parvient encore, sous formes d'excuses, à me faire payer certains de ses achats.
Je suppose que c'est le lot de toute femme au foyer.  Patience, ça va s'arranger, Chéri à des soucis je suppose.
 
Un bras et un nez cassé, quatre points de suture à la joue.  Chéri ne connait pas sa force.  Tout ça parce que j'était allée faire un tour avec une amie.   La grande est à l'université maintenant, j'ai bien le droit de sortir un peu quand même.
Aux urgences, Chéri a dit au médecin que j'étais tombée.  Il n'a pas eu l'air de le croire et m'a regardée en disant qu'il voulait me parler seule à seule, mais Chéri n'a pas voulu et a dit qu'on rentrait tout de suite.
 
Je n'ai plus envie de rien, plus envie de le voir.  Ce soir, il m'a obligée à faire l'amour.  J'étais malade, je ne voulais pas, mais comment faire quand on vous force à ouvrir les jambes et que vous ne savez pas riposter car vous êtes attachée?
 
C'est un autre grand jour, la grande se marie.   Que lui dire?  Lui souhaiter?   Une vie remplie de bonheur, c'est ce qu'on souhaite à tous les jeunes mariés.
 
Re-urgence, chéri à trop bu au mariage, je n'ai pas voulu le laisser conduire donc au retour, l'alcool lui a fait perdre la tête.   Je suis dans le coma, j'ai des côtes cassées, j'ai reçu des coups de couteau, je ne sais pas si je vais survivre et surtout si j'en ai envie.  Pourtant, je l'aime toujours.   Je dois être folle.
 
Visite de la police, interrogatoire, je refuse de porter plainte.  Chéri je t'aime.
 
Ambulance à la maison, descende de police, je suis étendue dans la cuisine, morte d'un coup de fer à repasser à la tête.  Chéri je t'aimais, mais toi???????
 
                                 
Par ce récit, j'ai voulu montrer toutes les formes de violences que l'on pouvait rencontrer dans un couple.  Mais ces violences ne concernent pas uniquement les femmes.  Les hommes et les enfants aussi en sont victimes, bien que l'on en parle moins, surtout vis à vis des hommes.
 
Il y a plusieurs sortes de violences, des visibles et des invisibles, peut-être à mon avis les plus sournoises car personne ne s'en rend compte et n'intervient.
 
La violence verbale :
 
 Injurier, insulter, crier des noms, lui dire des paroles visant à blesser etc.
                                  Ex : tu as vu l'allure que tu as?   Comment veux-tu qu'on discutte avec toi, t'as pas fait d'études, t'es idiote, etc...
                                          .
 
La violence psychologique :
 
Humilier, rabaisser, dévaloriser, contrôler, dominer ou isoler l'autre. Faire des menaces ; imposer à l'autre son point de vue et/ou ses goûts, valeurs, désirs. Attaquer sous différentes formes, des personnes qui sont significatives pour elle/lui. Diminuer les contacts avec sa famille, ses amis et ses voisins ou l'empêcher de les fréquenter.  Lui faire des reproches dégradants, blesser moralement l'autre en insistant sur ses points faibles.  Rejeter sur l'autre la responsabilité de ses propres gestes, des ses propres attitudes agressives, etc.  Interdire au partenaire d'avoir des activités, l'obliger à rester tout le temps à la maison, mais insinuer aux autres que c'est un propre choix et pas du au fait que l'autre part se promener seul(e) pendant que le conjoint reste dans son coin sans voir personne.
 
La violence physique :
 
Gifler, donner un coup de poing, un coup de pied, frapper avec un objet, retenir l'autre contre son gré, bousculer l'autre, le saisir par les bras, le cou ou tout autre partie du corps. En somme, tout contact physique avec l'intention d'agresser et/ou de faire peur à l'autre.  Battre jusqu'à la mort l'autre personne.

La violence sexuelle :
 
Attacher le/la partenaire contre son gré afin d'obtenir un rapport sexuel ; le pénétrer de force, l'insulter, l'humilier pendant un rapport sexuel, le brutaliser pendant un rapport sexuel, le harceler sexuellement, le forcer d'agir selon des fantasmes.  Refuser à l'autre des contacts sexuels dans le but de le punir ou de le contrôler. Tout geste à connotation sexuelle sans le consentement de l'autre.

La violence économique :
 
Empêcher l'autre d'avoir un compte bancaire à lui, faire en sorte qu'il n'ait jamais d'argent de poche, le priver de toutes sortes de revenus, encaisser les chèques personnels de son/sa conjoint(e) sans son accord.
 
 
Souvent on ne voit que la violence physique, simplement parce qu'elle laisse des traces et que malheureusement, dans certains cas, elle entraîne la mort.
 
Mais que dire de toutes ces violences invisibles qui ne laissent pas de traces visibles, mais des marques indélébiles dans le subconscient des personnes qui en sont victimes?????
 
Comment expliquer que, même si on quitte le conjoint, on n'arrive toujours pas à exprimer un souhait de peur de le voir refuser?  Qu'on n'ose pas acheter telle ou telle chose de peur de s'entendre traiter de pute, d'idiote ou d'autres noms bien charmants?  
 
Comment retrouver confiance en soi, quand pendant des années on vous a sous estimée, rabaissée, humiliée?

Comment tout simplement se reconstruire après n'importe quelle forme de violence ?